Les données du Bilan national des entreprises 2025 sous l’angle de la gestion du risque et de l’anticipation


Le Bilan national des entreprises 2025, publié par les greffiers des tribunaux de commerce, confirme une évolution profonde du paysage économique français.

L’année écoulée n’est pas seulement marquée par un niveau élevé de défaillances.

Elle révèle une transformation durable de la manière dont les entreprises naissent, se développent et rencontrent des difficultés.

Pour les dirigeants, ces données constituent bien plus qu’un indicateur statistique : elles imposent une nouvelle lecture du risque.


Le contexte économique

Une économie résiliente… mais fragile

En 2025, la croissance française atteint 0,9 %.

Cette croissance reste trompeuse car elle repose en partie sur la dépense publique, la reconstitution des stocks et un rebond tardif de la consommation.

La confiance, elle, demeure fragile.

L’incertitude fiscale, les tensions géopolitiques et la remontée des taux d’intérêt incitent les entreprises à retarder leurs investissements et leurs recrutements.

Cette prudence généralisée ralentit l’économie et renforce les tensions de trésorerie.

Dans ce contexte, la gestion du risque devient un enjeu central.


Une sinistralité durablement élevée

L’un des enseignements majeurs du rapport est la persistance d’un niveau élevé de défaillances.

En 2025, la France enregistre plus de 63 000 ouvertures de procédures collectives, soit une progression de 6,3 % par rapport à 2024 (page 20).

Ce volume demeure 42 % supérieur à celui observé avant la crise sanitaire.

Ce phénomène confirme que la hausse des défaillances ne relève plus d’un simple rattrapage post-Covid : elle s’inscrit dans une dynamique structurelle.

L’environnement économique est devenu plus volatile, les cycles se raccourcissent et les entreprises doivent absorber des chocs fréquents :

  • inflation et hausse des coûts,
  • tensions sur les chaînes d’approvisionnement,
  • transformation technologique,
  • évolution rapide des marchés.

La domination de la liquidation : un signal d’alerte

Le rapport révèle également :

  • que près de 73 % des procédures ouvertes en 2025 sont des liquidations judiciaires (page 222).
  • que

Cette proportion est particulièrement préoccupante car elle signifie que, dans la majorité des cas, les entreprises arrivent trop tard devant le tribunal.

Autrement dit, la difficulté n’est pas traitée suffisamment en amont.

Cette réalité impose un changement culturel.

La gestion de crise ne peut plus être improvisée.

L’anticipation implique une réflexion permanente sur la stratégie de l’entreprise et son marché et surtout une veille sur les signaux faibles de difficultés.


Une saisonnalité révélatrice

Le rapport met en évidence une forte saisonnalité des procédures collectives.

Le mois de septembre concentre à lui seul près de 10 % des ouvertures, devant janvier et octobre (page 198).

Cette concentration traduit un phénomène bien connu :

  • accumulation des échéances,
  • tensions de trésorerie,
  • prise de conscience tardive.

Néanmoins, le creux majeur au cours du mois d’août tient sans aucun doute aux congés estivaux, propices à la réflexion à la résolution de passer à l’action dès la rentrée de septembre, ainsi qu’aux vacations judiciaires.

Ces cycles doivent être intégrés dans la stratégie financière, l’établissement de tableaux de bord de gestion et l’analyse des écarts.

Ceci relève déjà de l’anticipation et j’observe en pratique que la marque laissée par mon passage dans une entreprise venue me consulter en raison de difficultés financières est de deux nature principalement :

  • avec le dirigeant, son expert-comptable et si nécessaire un partenaire qualifié en contrôle de gestion, des outils de gestion financière ont été élaborés et restent ensuite inscrits dans le quotidien ;
  • le dirigeant a compris que la peur n’évite pas le danger et que l’accès au conseil et à l’accompagnement est possible et rompt l’isolement.

Des entreprises de plus en plus jeunes

Autre enseignement des données de ce rapport : les entreprises en difficulté sont de plus en plus jeunes.

L’âge moyen au moment de l’ouverture d’une procédure collective est d’environ 7,7 ans, et près de 40 % ont moins de cinq ans (page 225).

Cette statistique illustre une transformation profonde du modèle entrepreneurial.

Les entreprises évoluent dans un environnement plus rapide : lancement rapide, croissance accélérée, transformation constante.

Mais cette agilité s’accompagne d’une fragilité.


Les tensions deviennent consubstantielles à la vie de l’entreprise

Le rapport confirme que la difficulté n’est plus exceptionnelle et que la notion de crise passagère est obsolète.

Elle est devenue quasi structurelle et doit être intégrée dans les modèles de gestion et de gouvernance.

Chaque entreprise est susceptible de connaître plusieurs périodes de tension :

  • changement de modèle,
  • mutation sectorielle,
  • perte de rentabilité,
  • évolution du financement.

Cette réalité montre que les retournements d’entreprise sont plus fréquents et indispensables y compris en phase d’exploitation courante, sans attendre une crise sévère.


L’anticipation comme levier de performance

Les chiffres de la détection des entreprises en difficulté par les Pôles de prévention des tribunaux de commerce montrent que dans près de 82% des cas, la convocation du dirigeant par le tribunal fait suite à des informations internes (injonctions de payer, inscriptions de privilèges, non dépôt des comptes annuels…), le reste résultant de demandes d’entretien spontanées (page 186).

Il faut noter que la région PACA, avec 31,6 % du total des détections annuelles en 2025, arrive en tête du nombre d’entreprises détectées comme faisant face à des difficultés (page 182).

A l’issue de ces entretiens, près d’un dossier sur deux bascule en procédure collective.

Les autres font l’objet d’un mandat ad hoc ou d’une procédure de conciliation (page 191).

Les secteurs de la construction, de la restauration et du commerce de détail d’habillement sont les plus frappés par les procédures collectives en 2025 (page 231).

Dans ce contexte, on peut en déduire notamment :

  • que les outils de gestion et de prévention doivent prendre une place centrale ;
  • y compris dans les secteurs dans lesquels ces outils pourraient encore sembler inutiles, inaccessibles ou inadaptés, ce qui n’est évidemment pas le cas.

Le besoin d’accompagnement concerne toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, leur activité et leur forme juridique d’exercice.


La montée en puissance de la restructuration

La restructuration devient une compétence stratégique.

Elle inclut spécialement :

  • l’analyse financière,
  • la gouvernance,
  • la négociation,
  • la restructuration juridique,
  • la préparation à la cession.

Les entreprises les plus performantes intègrent ces dimensions dès leur création.


Le rôle du conseil

Dans ce nouveau cycle, le rôle des conseils évolue.

L’avocat intervient dans la structuration, la prévention, la gestion des crises, la transmission.

Cette approche globale permet d’accompagner l’entreprise sur la durée.

Dans ma pratique, j’observe que les dirigeants que j’accompagne depuis plusieurs années et que je rencontre consacrent le temps et les outils nécessaires, souvent de manière très simple à la réflexion et à l’analyse :

  • de leur situation ;
  • et des prévisions d’activité et de financement.

Le conseil juridique est plus efficace lorsque l’entreprise se porte bien : discuter régulièrement avec son conseil et partager ses réflexions ou inquiétudes, plutôt que de consulter lorsque le feu a pris.

Le conseil, c’est de la médecine chinoise : tandis que l’occident lutte contre les signes de la maladie, les chinois se soucient principalement du bien-être.

L’accompagnement n’est pas l’apanage des grandes entreprises, cette idée restant souvent ancrée dans l’esprit des dirigeants.

Une nouvelle relation avec les partenaires financiers

Si le rapport ne traite pas des comportements des banques et des investisseurs, la montée des dispositifs de prévention et la persistance d’un niveau élevé de liquidations invitent à repenser la gestion anticipée des difficultés.

Dans un environnement incertain, la transparence et la négociation sont mieux acceptées.

Les partenaires privilégient en effet l’anticipation, la visibilité et la crédibilité du dirigeant.


Intérêt de la publication

Les chiffres et données de ce rapport font apparaître que la gestion du risque doit être regardée comme avantage compétitif.

Les données du Bilan national des entreprises 2025 montrent clairement que la difficulté n’est plus une anomalie.

Elle fait partie du cycle normal de sorte que les dirigeants peuvent cesser d’attendre que “la crise passe”, ce que j’entends très souvent.

Le temps sans action ne résout rien et augmente le désordre.

Les entreprises qui réussissent sont celles qui anticipent, structurent, sécurisent et se préparent aux transitions.

La gestion du risque devient un levier de performance et un facteur de compétitivité.

Plus l’intervention d’un conseil expérimenté est précoce, plus les solutions sont nombreuses.

À Avignon et dans sa région, de nombreux dirigeants ont acquis le réflexe de consulter un avocat lorsque la situation se dégrade, ce que confirme ce rapport.

Anticiper permet souvent de préserver l’activité, la valeur de l’entreprise et la situation personnelle du dirigeant.

Il y a 10 ans déjà, en qualité de Président du Centre d’Information sur la Prévention de Vaucluse, j’ai appuyé ce message pendant mes deux années de mandat auprès de tous les acteurs de la prévention :

Chefs d’entreprise, vous n’êtes pas seuls, prenez conseil !

L’accompagnement au long cours et les mesures de prévention aboutissent le plus souvent à éviter une difficulté ou à un retour à l’ordre et à la sérénité du dirigeant.



Bilan national des entreprises 2025